Réglementation Maroc

La crypto est-elle légale au Maroc ? Le cadre légal 2026 expliqué

Interdiction de 2017, adoption massive, projet de loi 42.25 : le point complet et à jour sur le statut légal des cryptomonnaies au Maroc en 2026.

La Rédaction

C'est l'une des questions les plus posées par les Marocains intéressés par les cryptomonnaies — et l'une des plus mal comprises. Entre l'« interdiction » de 2017 souvent citée et le nouveau projet de loi de 2025, la réalité est plus subtile qu'un simple oui ou non.

Voici le point complet, à jour, sur ce que dit (et ne dit pas) la loi marocaine en 2026.

À retenir d'emblée : cet article est informatif et ne constitue pas un conseil juridique. Le cadre évolue rapidement ; vérifie toujours l'état des textes avant d'agir.

La réponse courte

Pour un particulier, acheter et détenir des cryptomonnaies au Maroc se situe dans une zone grise : ce n'est ni explicitement autorisé, ni clairement criminalisé. Un projet de loi (n°42.25), déposé fin 2025, doit encadrer le secteur en autorisant l'achat via des plateformes agréées — mais il n'est pas encore en vigueur. En revanche, utiliser la crypto pour payer à l'étranger ou contourner le contrôle des changes reste clairement interdit et sanctionné.

Le point de départ : la mise en garde de 2017

On parle souvent de l'« interdiction des cryptos au Maroc ». C'est une simplification. En novembre 2017, Bank Al-Maghrib, l'Office des Changes et l'AMMC ont publié un communiqué de mise en garde contre l'usage des monnaies virtuelles. Ce texte n'est pas une loi pénale : il ne crée pas, à lui seul, de délit punissable pour le simple fait de détenir du Bitcoin.

Ce qu'il fait, en revanche, c'est créer un vide juridique. Les transactions en crypto ne sont encadrées par aucun texte précis. Et surtout, la réglementation des changes interdit tout règlement en devise étrangère non autorisée : par défaut, les cryptomonnaies tombent dans cette catégorie. C'est de là que vient la « zone grise » : tolérée dans les faits, sans protection ni reconnaissance dans le droit.

Le paradoxe marocain : interdite, mais massivement adoptée

Malgré ce flou, l'adoption a explosé. Le Maroc compte plusieurs millions d'utilisateurs de cryptomonnaies — soit l'un des taux d'adoption les plus élevés au monde rapporté à sa population.

Ce décalage entre la réalité du terrain et le cadre légal est devenu intenable. L'interdiction de fait n'a pas freiné l'usage : elle a surtout poussé les utilisateurs vers des plateformes internationales non régulées, sans aucune protection en cas de litige ou de faillite. C'est ce constat — l'échec de l'interdiction — qui a poussé les autorités à changer de stratégie : passer de l'interdiction à la régulation.

Le tournant : le projet de loi n°42.25 (octobre 2025)

Déposé le 31 octobre 2025 et soumis à consultation publique, le projet de loi n°42.25 pose, pour la première fois, un cadre juridique complet pour les crypto-actifs. Il s'inspire largement du règlement européen MiCA et des standards internationaux (GAFI, FSB, FMI), avec l'appui de la Banque mondiale.

La crypto devient un actif financier, pas une monnaie

Le texte reconnaît les crypto-actifs comme une classe d'actifs financiers. Il ne leur accorde pas le statut de monnaie : le dirham reste la seule devise légale au Maroc.

L'achat autorisé, mais via des plateformes agréées

Un particulier pourra acquérir du Bitcoin, mais uniquement via des plateformes agréées par les autorités. Ces plateformes devront identifier leurs clients (KYC), respecter les règles anti-blanchiment, et disposer de fonds propres suffisants.

Le P2P hors plateforme sera interdit

Point majeur pour les habitudes actuelles : les transactions de gré à gré (P2P) réalisées hors des plateformes agréées seront interdites. La méthode la plus répandue aujourd'hui au Maroc est donc directement visée.

Une double supervision : AMMC et Bank Al-Maghrib

L'AMMC encadrera l'émission, la négociation des crypto-actifs et les prestataires de services, avec des pouvoirs étendus (suspension, administrateurs provisoires, sanctions). Bank Al-Maghrib supervisera les stablecoins. Le texte introduit aussi une « Travel Rule » imposant d'identifier l'expéditeur et le bénéficiaire de chaque transfert.

Ce qui reste hors du champ de la loi

Plusieurs domaines sont volontairement exclus de ce premier cadre : le minage, la finance décentralisée (DeFi), les NFT et la monnaie numérique de banque centrale.

Ce qui reste clairement interdit (même avec la nouvelle loi)

Que la loi passe ou non, une ligne rouge demeure : utiliser la crypto pour effectuer des paiements à l'étranger ou pour contourner le contrôle des changes. Le dirham étant la seule devise de règlement autorisée, payer un bien ou un transfert hors du Maroc en crypto constitue une violation des lois sur les changes, passible d'amendes lourdes.

Autrement dit : acheter et conserver du Bitcoin comme un placement est une chose ; s'en servir pour faire sortir de l'argent du pays en est une autre, bien plus risquée juridiquement.

Et la fiscalité ?

Aujourd'hui, faute de cadre clair, la fiscalité des cryptos reste floue. Mais la direction est tracée : puisque le projet de loi qualifie les cryptos d'actifs financiers, une imposition des plus-values est attendue, dont les modalités seront fixées par les textes d'application. Le réflexe responsable dès maintenant : conserver l'historique complet de tes transactions.

Le projet de e-dirham (CBDC)

À ne pas confondre avec les cryptomonnaies : Bank Al-Maghrib travaille en parallèle sur une monnaie numérique de banque centrale (CBDC), parfois appelée e-dirham, attendue autour de 2026-2027. Contrairement au Bitcoin, il s'agirait d'une monnaie officielle, émise et garantie par l'État.

Ce que ça change concrètement pour toi

Aujourd'hui : tu peux acheter et détenir, mais dans une zone grise, à tes propres risques et sans protection légale.

Demain (si la loi passe) : l'achat passera par des plateformes agréées, avec KYC obligatoire et, à terme, déclaration fiscale. Le P2P libre disparaîtra.

Dans tous les cas : garde tes preuves de transactions, et ne te sers jamais de la crypto pour contourner le contrôle des changes.

Quand la loi entrera-t-elle en vigueur ?

À ce jour, aucune date d'application définitive n'a été officiellement annoncée. Le texte doit suivre son parcours : consultation, adoption, puis décrets d'application. La plupart des observateurs anticipent des avancées concrètes sur la période 2026-2027. Nous mettons cet article à jour à chaque étape.

FAQ

Est-il illégal d'acheter du Bitcoin au Maroc ?

Non, pas explicitement. Pour un particulier, l'achat et la détention se situent dans une zone grise. Le projet de loi 42.25 doit autoriser l'achat via des plateformes agréées, mais n'est pas encore en vigueur.

Risque-t-on une amende ou la prison en détenant des cryptos ?

Le simple fait de détenir n'est pas un délit visé. Les sanctions concernent surtout l'usage de la crypto pour contourner le contrôle des changes.

Binance ou Coinbase sont-ils autorisés au Maroc ?

Leur usage n'est pas explicitement interdit, mais pas autorisé dans un cadre réglementé. Les utilisateurs agissent à leurs propres risques.

Le P2P sera-t-il toujours possible ?

Le projet de loi prévoit d'interdire le P2P hors des plateformes agréées. S'il est adopté en l'état, le P2P libre ne sera plus permis.

Quand la nouvelle loi entre-t-elle en vigueur ?

Aucune date définitive n'est annoncée. Le processus devrait aboutir sur 2026-2027.

En résumé

La crypto n'est pas « interdite » au Maroc au sens d'un délit pénal pour le particulier — elle évolue dans une zone grise héritée de 2017. Face à une adoption massive, le pays a choisi de réguler plutôt qu'interdire : le projet de loi 42.25 reconnaît la crypto comme un actif financier, autorise l'achat via des plateformes agréées, interdit le P2P hors plateforme, et confie la supervision à l'AMMC et à Bank Al-Maghrib. Mais il n'est pas encore en vigueur, et l'usage pour contourner le contrôle des changes reste interdit.

Cet article est informatif et ne constitue pas un conseil juridique ou financier. Vérifie l'état des textes en vigueur avant toute décision.